samedi 20 janvier 2018

MENTON :
LE MUSEE COCTEAU OU LE REGNE DE SON OEUVRE
"LES UNIVERS DE JEAN COCTEAU"

intro cocteauLe musée est devenu la première et la plus importante ressource publique mondiale de l'œuvre de Jean Cocteau. Jusqu'au 2 novembre 2015, ce nouvel accrochage, quatrième parcours depuis l'ouverture du musée en novembre 2011, propose une vision croisée entre deux mondes : L'obsession de l'endroit et de l'envers et la figure du double omniprésentes dans l'œuvre plurielle de Jean Cocteau.

 

L'accrochage des collections autour des "Univers de Jean Cocteau" est accompagné par l'exposition "Jean Cocteau, passeur de lumière" conçue par Sandra Blachon et Juliette Philippe avec la participation de Christian Rolot, Audrey Garcia et Pierre Caizergues de l'Université de Montpellier III, dépositaire d'un important "fonds Cocteau". Comme chaque année, Pascale Lyautey de la Maison de Jean Cocteau à Milly la Forêt, ainsi que Ioannis Kontaxopoulos, auteur de nombreux ouvrages et commissaire d'expositions autour de l'œuvre de Jean Cocteau, ont participé à ce travail commun.
Jean Cocteau, "L'endroit et l'envers"

"Univers 1" Perception
La première séquence du parcours, intitulée "Perception", traite à la fois d'un système visuel et d'une organisation spatiale pressentis par Jean Cocteau comme de réelles structures de sa création poétique et plastique. Ce "théâtre intérieur" articule la composition de ses œuvres graphiques de manière beaucoup plus concrète que nous le propose la lecture de son travail d'écriture poétique. Cette séquence reprendra à la fois les œuvres graphiques et cinématographiques permettant une visualisation de cette organisation.
Dans les profils qu'il dessine, l'œil est dirigé vers le lointain, évoquant ainsi l'existence d'un monde invisible ou secret. Et quel que soit le type de regard, la perception donne lieu à la création d'un univers. Ainsi, l'œil-poisson devient la mer ; l'œil-étoile s'intègre dans une constellation et de nombreuses formes géométriques ou architecturales se multiplient également dans son œuvre plastique.

"Univers 2" Endroit-Envers
En miroir, imbriquée ou coordonnée, la figure du double est omniprésente dans l'œuvre poétique et plastique de Jean Cocteau. Elle se manifeste, dès ses premiers écrits, par des jeux de mots, des analogies, des calembours et même des poésies "à lire dans une glace". Le poète commente ainsi ses jeux de mots si controversés : "Opéra est un appareil distributeur d'oracles, un buste qui parle, un livre oraculeux. Je fouille. Ma bêche rencontre une forme dure. Je la découvre et la nettoie." (Opium)
Dans son œuvre plastique, la thématique du double puise son inspiration dans les principes de la chambre photographique, bien connus du poète. Deux aspects d'un même visage, deux êtres mêlés en un seul, un autoportrait scindé en deux. Dans son ouvrage "Maison de santé", il dévoile un travail entre rêve et inspiration.
Le double ne se restreint jamais à la simple duplication ou inversion d'image ; dans l'œuvre du poète, la duplication sert à souligner une existence parallèle ou un dédoublement de la réalité. Les nombreuses statues qui peuplent son cinéma, d'Orphée à la Belle et la Bête, témoignent de l'existence d'un monde parallèle à celui des hommes. L'hermaphrodite du Sang d'un poète menace de "Danger de mort" l'inconscience de ce phénomène. Dans sa création cinématographique, Jean Cocteau l'illustre par différents procédés telle la réversion d'images qui permet un véritable aller-retour dans le temps et l'espace.

"Univers 3" Intermédiaire
L'œuvre de Jean Cocteau s'intéresse aux personnages évoluant entre deux mondes : ainsi, le dormeur entre présence physique dans un monde et existence mentale dans un autre. Mais celui qui excelle dans le passage d'un monde à l'autre et qui entretient une relation privilégiée avec l'invisible, est l'ange. Dans l'œuvre graphique de Jean Cocteau, cet ange ressemble souvent à son modèle canonique et porte des ailes.
"La vie est la première partie de la mort." Chez Jean Cocteau, l'approche du double est multiple et couvre l'essentiel de son travail écrit et graphique. Ce renvoi permanent à l'ombre, l'utilisation du reflet paradoxal, font partie de sa réflexion philosophique. Héraclite, et sa célèbre confrontation de l'arc et de la lyre, Pythagore et sa mystique des nombres, sont également des références récurrentes du poète. De la même manière, son approche religieuse s'inscrit dans une réflexion à la fois détachée, mystique et ésotérique.
Cette séquence développe le thème de la religion mais aussi de l'ésotérisme, de ce que Cocteau appelle les marges de la "science officielle" qu'il pressent exactes et vérifiables par une époque dont l'évolution scientifique confirmera les postulats. Ainsi son Hommage aux savants, réalisé pour l'Exposition internationale Terre et Cosmos en 1958, salue des scientifiques longtemps incompris puis célébrés.

"Univers 5" Amour
Deux thèmes majeurs se mêlent dans l'œuvre de Cocteau, l'amour et la mort. Son inclination pour la relation humaine, les rapports entre vivants et morts ou bien entre un monde et l'autre, imprègnent constamment son acte poétique et créateur. La conception platonicienne de l'amour et de l'amitié, le mythe de l'androgyne, l'implication de Cocteau dans la déclaration de son homosexualité marquent fortement son inspiration poétique et plastique.
La cinquième séquence, la plus intime du parcours, s'ouvre sur l'œuvre majeure dans le positionnement personnel et sexuel de Cocteau, le Livre blanc. Une sélection de dessins érotiques confirme cette vision de "l'amour sexuel", miroir de la dualité de l'être humain, aller-retour constant du poète équivalant au désir de réconciliation et d'unification de l'être, mais aussi prise de conscience de sa duplicité.

"Univers 6" Espace Temps
Si Jean Cocteau, à cette époque, s'intéresse à la science fiction, à l'actualité des "soucoupes volantes", à la conquête de l'espace, aux phénomènes paranormaux, ces thèmes s'intègrent cependant toujours dans une réflexion à la fois ouverte vers la science, mais ne s'attachant en aucune manière aux limites qu'elle impose, le poète prenant alors, le relai du scientifique.
La "dégravitation", expression que Cocteau utilise, symbolisée par le poids de plomb qui monte vers le ciel reflète une vérité désormais universelle, l'homme n'est plus le centre de l'univers. Dans son Testament pour l'an 2000, il déclare ainsi : "J'ai toujours conservé grand espoir dans la dégravitation".
Jean Cocteau souhaite affirmer et travailler la poésie comme une "science exacte". De la série des Astrologues de 1954 (série réunie dans son intégralité grâce à la collaboration de la Maison Jean Cocteau de Milly-la-Forêt) à L'Âge du Verseau, réalisé avec Raymond Moretti en 1962-63, les œuvres présentées dans cette séquence sont le reflet des préoccupations de l'artiste tant dans son travail écrit (Le Chiffre Sept en 1952, Paraprosodies ou Dialogues en 1958) que pictural.

"Univers 7" Au Bastion, Monstres & Mythes
La fascination de Jean Cocteau pour la catégorie du monstre renvoie aux dimensions monstrueuses de l'homme, comme aux dimensions humaines du monstre. Ces expressions de l'inconscient, probables réflexions sur l'humanité et la normalité du poète présentent ce qui n'est pas envisageable au premier abord. Le monstre, mis au banc de la société, n'est pas nécessairement l'image qu'il présente. Fruits de l'amour de Cocteau pour le marginal, les formes qu'il adopte renvoient aux grands mythes de l'homme. Il s'agit donc surtout pour le poète, à travers la figure du monstre, d'une réflexion sur la normalité et d'un goût particulier pour l'hybridation.
Le Sphinx meurtrier qui confronte l'homme aux énigmes de la vie et de la mort, le Centaure, déchiré entre ses sentiments bestiaux et humains, la Licorne, animal qui adopte les traits d'un visage humain chez le poète, le Faune symbolisant l'impulsivité de la nature et la solitude, et bien entendu la Bête, capable de transcender la mort par amour, seront présentés au Bastion.
Dans l'imaginaire de Cocteau se développent ces êtres hybrides, croisements de l'homme avec l'animal, mais aussi avec le végétal ou l'objet. Mandragore, hibiscus, rose et autres végétaux figurent ainsi également dans ce "bestiaire monstrueux". Les porte-chandeliers humains de la Belle et la Bête ou l'Oracle du Testament d'Orphée en sont les émanations.

Recueilli par Manon Cornic
Reportage Photos Bruna Viale

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